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Le temps choisi

« Cet ouvrage collectif vous parle du bien le plus rare, et pourtant le plus ignoré de nos économistes, le temps. Objet de dissertation poétique ou philosophique, le temps n'est jamais entré explicitement dans le domaine du politique, de celui qui doit, à la fois, être à l'écoute des aspirations et au centre des synthèses et des propositions tendant à améliorer la société. »

— Jacques Delors, préface de La révolution du temps choisi, Échange et Projets, 1980

 

Cinq présupposés qui n'existent plus structurent encore notre modèle social

  • ​Croissance continue, CDI à temps plein comme norme, compétences stables sur une vie, ratio actifs/retraités soutenable, famille assurant les soins gratuitement.

  • Aucun n'a résisté. Ce n'est pas un échec politique : c'est une transformation du monde réel que la structure institutionnelle n'a pas suivie.

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Ce qui reste est une dépossession

  • 1 Européen sur 3 ne peut pas faire face à une dépense imprévue. 1,34 enfants par femme. 12 % des travailleurs engagés dans leur travail, score le plus bas au monde. 52 millions d'aidants assurent 80 % des soins aux personnes âgées. 1 actif sur 3 est exposé au déplacement de ses fonctions par l'IA. 18 % des adultes peu qualifiés en formation continue, contre 58 % des qualifiés. 4 à 5 générations pour qu'un enfant né pauvre rejoigne le revenu médian de son pays. 

 

Ce n'est pas la charge, c'est le contrôle

  • Ce qui détruit, ce n'est pas la charge de travail en soi ; c'est son association avec l'absence de contrôle sur le rythme, les priorités et l'organisation du temps. Deux personnes à charge égale ne s'usent pas de la même façon.

  • L'autonomie temporelle n'allège pas la charge – elle donne la capacité de l'encaisser.

 

Le prix de l'inaction est déjà payé, réparti dans des postes budgétaires qui ne le nomment pas

  • 100 milliards d'euros par an de dépression causée par les risques psychosociaux au travail, en premier lieu les longues heures et le manque d'autonomie, dont plus de 80 % sont supportés par les employeurs. Ce système est une charge que les entreprises portent à leur insu.

  • Près de 414 000 années de vie en bonne santé perdues (DALY) dans l'UE-28 en 2015, du fait de la dépression attribuable au job strain – de fortes exigences sans pouvoir organiser son rythme ni ses priorités. 

 

Une atteinte à la dignité

  • L'argument économique est nécessaire et réfutable.

  • Ce qui ne l'est pas : sans temps, aucune des capacités qui font une vie humaine ne s'exerce. Chacun est tour à tour enfant, parent, aidant, malade, vieillissant – la vulnérabilité est la condition universelle de la vie.

 

Un droit attaché à la personne, non au contrat

  • Un compte-temps personnel, qui suit chacun d'un emploi à l'autre, d'un statut à l'autre, d'un pays à l'autre, et ouvre un revenu de remplacement pour cinq usages – parentalité, aidance, formation, prise de risque, engagement.

  • 3 piliers indissociables : obtenir du temps quand la vie l'exige, se former sans perdre son revenu, emporter ses droits entre États membres. 

 

Plancher européen, modalités négociées

  • L'action nationale isolée expose les entreprises à la concurrence de leurs voisins et pousse mécaniquement les droits sociaux vers le bas.

  • Le plancher n'est pas négociable ; les modalités le sont, État par État, avec les partenaires sociaux.

Jean-Charles Adriaenssens-Gardes

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